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"Lire : une priorité de l'école maternelle au lycée", une journée d'échanges et de réflexions

mis à jour le 09/04/18

Le séminaire "Lire : une priorité de l'école maternelle au lycée", organisé le 5 avril au lycée Pierre-Gilles de Gennes (75013), en présence d'enseignants, inspecteurs, conseillers pédagogiques, directeurs d'école, CPE et chefs d'établissements est une parfaite illustration de la manière dont une priorité nationale peut se décliner sur le plan académique et sur le terrain.

Gilles Pécout, recteur de la région académique Ile-de-France, recteur de Paris, chancelier des universités de Paris, en introduction, a salué la tenue de ce séminaire académique, destiné à réfléchir en profondeur à la mise en oeuvre d'une priorité politique majeure. "Notre ministre a refait de la lecture une priorité nationale en mobilisant très largement, y compris en dehors des sphères de l'Éducation nationale", a-t-il rappelé. Cet apprentissage, qui doit se poursuivre tout au long de la scolarité, "doit être différencié, utiliser tous les supports,et bien veiller à intégrer l'oralité de la lecture, à tous âges."

Puis, Olivier Houdé, professeur de psychologie du développement à l'université Paris Descartes et dirigeant du Laboratoire de psychologie du développement et de l'éducation de l'enfant (LaPsyDé) de la Sorbonne, a poursuivi cette matinée de réflexion en faisant un lien avec le geste d'écriture, geste qui brise la symétrie et dont les sciences cognitives confirment l'importance. Le professeur a ensuite orienté sa réflexion autour du verbe "penser", indiquant par exemple que la réforme du baccaulauréat 2020, caractérisée entre autres par l'instauration d'un examen de maturité, reflétait un raisonnement à travers la lecture. Enfin, il a amené les participants à se poser la question suivante : "Comment le cerveau bouge-t-il et travaille-t-il lorsqu'il apprend à lire ?", précisant quelles étaient aujourd'hui les deux façons de bouger du cerveau, qui sont en fait deux lois d'apprentissage : l'automatisation et le contrôle inhibiteur.

Lire, une priorité de l'école maternelle au lycée_Olivier Houdé

Enfin, une table ronde autour de l'enseignement explicite et de l'apprentissage continué de la lecture, de l'école maternelle au lycée, s'est tenue. Elle a réuni différents intervenants autour de trois thématiques principales :

Isabelle Goubier-Sène, IEN 1er degré, chargée de mission Français à l'école et Nadine Môquet, directrice de l'école maternelle Richomme (18e) ; sur la lecture comme apprentissage fondamental à l'école primaire

Les fondements sur lesquels s’appuie l’apprentissage de la lecture prennent racine dans la petite enfance. La qualité des premiers apprentissages en ce domaine influence le développement ultérieur des compétences à lire et à écrire. Les élèves de l’école primaire bénéficient d’un enseignement explicite et systématique visant l’acquisition des règles qui régissent le code écrit, à savoir celles permettant d’établir des liens entre les unités orales et les unités écrites. Les plus jeunes élèves du système éducatif apprennent à identifier les sonorités de la langue orale et à les coder à l’écrit, selon les codes phonique et orthographique. Durant les deux premiers cycles d’apprentissage, l’enseignement donne une priorité au développement des capacités à identifier les mots écrits. L’objectif essentiel de l’école primaire vise le décodage fluide.

La fluidité en lecture se manifeste par la capacité à lire un texte avec exactitude, rapidité et expression. Elle suppose que les élèves aient automatisé les stratégies d’identification des mots. A mesure que cette compétence s’automatise, elle libère des ressources cognitives pour comprendre un texte écrit lu en autonomie.

L’enseignement de la compréhension commence dès le début de la scolarisation par le développement actif d’habiletés de compréhension orale, dont l’accroissement du vocabulaire. La compréhension d’un texte lu en autonomie est une activité consciente requérant l’application de stratégies spécifiques. Ces stratégies se construisent, se développent et se contrôlent tout au long de la scolarité.

Valérie Frydman, IA-IPR de lettres ; sur "Enseigner explicitement la compréhension de l'écrit au collège : un fondamental pour les apprentissages"

L’objectif premier de la scolarité obligatoire est de faire acquérir à tous les élèves la capacité de lire et de comprendre ce qu’ils lisent, ce qui suppose de poursuivre et d’approfondir les apprentissages fondamentaux de l’école primaire par un enseignement explicite de la compréhension de l’écrit pendant les quatre années de collège. En effet, contrairement à ce que l’on pense communément, la lecture n’est pas qu’une question de décodage et de repérage des mots écrits, mais une opération complexe de traitement de l’information qui est loin d’être maîtrisée par tous les élèves à l’issue de la scolarité primaire.

Vingt ans d’évaluations diagnostiques nationales de rentrée en 6e ont montré que si la quasi-totalité des enfants de douze ans sait prélever des informations explicites, la majorité d’entre eux n’a pas encore l’aptitude à les relier entre elles et à déduire des informations implicites, d’où la difficulté d’un grand nombre de collégiens à comprendre les énoncés mathématiques, les documents historiques, les comptes rendus scientifiques, les textes littéraires, etc. qui font partie intégrante des programmes d’enseignement du collège. Sur la base de ce diagnostic partagé, une politique d’établissement favorisant une action ciblée, concertée et coordonnée des acteurs éducatifs est non seulement possible mais nécessaire, dans la double optique d’élargir la culture des bons lecteurs et d’amener les lecteurs précaires à devenir des lecteurs experts pendant les quatre années de collège.

François Mouttapa, IA-IPR de lettres, Adeline Raguet, proviseure et Florence de Brebisson, documentaliste au lycée Chennevière-Malézieux (12e) ; autour de la diversification des pratiques de lecture au lycée pour des apprentissages différenciés.

Au lycée, la compréhension de l’écrit et la formation du lecteur constituent un nouveau palier qui nécessite de coordonner les actions de toute l’équipe pédagogique. Deux exemples présentent des stratégies d’établissement mises en oeuvre, tant pour renforcer les compétences des lecteurs les plus fragiles que pour construire celles qui seront nécessaires aux futurs professionnels et étudiants. Le Centre de Documentation et d’Information joue à cet égard un rôle central.
Le cercle de lecture mis en oeuvre au CDI du lycée professionnel Chennevière Malézieux à destination des lecteurs les plus fragilisés offre un exemple des stratégies d’établissement possibles sur la question de la lecture.

Du diagnostic des besoins à l’animation du cercle de lecture, l’action montre l’engagement d’une équipe volontariste sur l’axe de la littératie pour aider les jeunes lecteurs dans le développement de leurs compétences. Cette stratégie appelle chaque acteur (professeur documentaliste, enseignants) à entrer en complémentarité sur les apprentissages de la compréhension de l’écrit. Un exemple pris dans un système éducatif de l’étranger permettra d’apporter un éclairage supplémentaire.

Lire, une priorité de l'école maternelle au lycéeIsabelle Goubier-Sène, Nadine Môquet, Olivier Houdé, Valérie Frydman, Florence de Brebisson, Adeline Raguet et François Mouttapa