A l'intention des parents et des enseignants : que dire aux enfants ? par le Professeur B. Golse

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Le Professeur Bernard Golse, pédopsychiatre, chef de service de pédopsychiatrie de l'Hôpital Necker-Enfants Malades à Paris et professeur émérite de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à Paris V, a généreusement accepté de contribuer pour la CARDIE à la réflexion sur le retour progressif à l'Ecole. Il met en avant la dimension humaine et psychologique, l'importance de la narration et de la prise en compte des affects et des émotions. Que dire aux enfants dès à présent, à la fin du confinement et bien au-delà ?

Il y a bien sûr des choses à dire aux enfants (bébés, enfants et adolescents) dès maintenant, mais il y a aussi des choses qui seront à dire et à redire lors de la fin du confinement et encore au-delà bien entendu.

Selon l’âge des enfants, les mots ne sont pas et ne seront pas les mêmes, mais certaines idées sont valables pour tous.

Il est d’abord essentiel de pouvoir aider les enfants à être en mesure de se raconter ce qui s’est passé et, plus encore d’être en mesure de se le raconter à eux-mêmes.

Pouvoir se raconter à soi-même sa propre histoire est en effet au fondement de l’identité narrative chère à Paul Ricoeur pour lequel l’identité humaine serait fondamentalement narrative.

Pouvons-nous, en effet, imaginer nos animaux domestiques être capables d’un tel récit ? Quel que soit l’amour que nous leur portons, la réponse est probablement négative…

Il importe donc de permettre à l’enfant de trouver ses propres mots, ou de tracer ses propres dessins, pour exprimer comment il se représente un virus, comment il vit le confinement, comment il imagine le confinement.

Plus les enfants sont jeunes, plus il nous faut savoir qu’un même mot peut ne pas avoir la même signification pour eux et pour nous en tant qu'adultes.
Ainsi en va-t-il du mot « mort » et ce serait une erreur de ne pas chercher à savoir ce que l’enfant y met quand il l’emploie : dans son esprit, la mort est-elle irréversible (pour toujours ?), universelle (pour tout le monde ?) et le concerne-t-elle lui-même éventuellement ?
Chercher à bientôt préciser les choses n’est pas cruel, c’est une preuve de confiance que l’on témoigne à l’enfant en cherchant à ce que notre communication avec lui soit le plus possible dépourvue d’ambiguïtés et que l’utilisation des mêmes mots ne soit pas un piège illusoire.

D’autres questions sont également importantes.
Il est sans doute important de pouvoir faire sentir à l’enfant jeune que ses parents ne sont pas tout-puissants et qu’ils ont eu besoin d’être confinés comme tout le monde, que ses parents sont des personnes comme les autres avec leurs compétences et leurs limites.

Il est sans doute important de pouvoir faire sentir à l’enfant que cette épidémie n’est la faute de personne et en particulier pas de celle des enfants dont il aura pu entendre qu’ils étaient souvent porteurs sains et donc source de contamination possible.

Il est sans doute important de pouvoir faire sentir à l’enfant qu’il n’y a pas de honte à se protéger car si on a souvent pu lui dire qu'on a jamais vu une petite bête faire du mal à une grande, c’est pourtant bien ce que l’infection virale nous démontre au quotidien.

Il est sans doute important enfin de pouvoir faire sentir à l’enfant que l’on peut être proche psychiquement même si l’on est un peu loin
hysiquement pendant quelques temps…

Bien sûr, il y a mille autres choses à dire et à permettre aux enfants de dire.
Mais proposer de dire, ce n’est pas obliger à dire et le plus important est peut-être - seulement et tout simplement - de faire sentir à l’enfant que s’il a envie de dire, il peut dire et que nous pouvons partager ensemble les mêmes affects, les mêmes émotions, la même tristesse parfois, sans perdre la place que l’on avait jusque-là les uns pour les autres.