L’accès à l’art et à la culture : un projet qui continue à distance à la section professionnelle François Truffaut !

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Pour Thérèse de Paulis, professeur de Lettres-Histoire à la Section professionnelle François Truffaut, le travail engagé pour l’accès à la culture et à la pratique artistique continue même à distance. C’est incontestablement une nécessité dans cette période de confinement. La pratique artistique est, elle aussi, un facteur d’égalité des chances. Pour nos élèves les plus fragiles, il est évident que la culture et la pratique artistique sont au premier rang de nos missions, non seulement parce qu’il s’agit de garantir une égalité sociale, mais également parce qu’elles jouent un rôle prépondérant dans la résilience et l’estime de soi. C’est ce que permet d’observer et d’évaluer qualitativement cette période de confinement.

Si l’offre culturelle est, depuis le 13 mars, déployée sur internet et à la télévision par toutes les structures culturelles, peut-on dire qu’elle est accessible à nos publics les plus fragiles ? Que dire de la pratique ? Comment accompagner nos élèves pour construire un rapport personnel à la culture et à la pratique artistique, à distance ?

Des empêchements renforcés à surmonter par un accompagnement individualisé 

La connaissance de ces publics, dont le parcours scolaire est accidenté, nous dit bien que la culture, et, surtout, la pratique artistique, sont difficiles d’accès pour plusieurs raisons :

  • les habitudes culturelles familiales et le milieu social
  • le coût des ateliers ou de l’équipement
  • l’information sur l’existence de cours et d’ateliers, leur proximité
  • le temps : nos élèves ont un job d’étudiant et/ou des tâches ménagères et responsabilités familiales qui prennent sur leur temps d’études et leur temps libre
  • la sécurité lors des trajets lors des sorties en soirée : aller au spectacle, quand on risque d’être agressé au retour dans son quartier, cela reste un empêchement
  • la crainte de ne pas comprendre, de ne pas se trouver à sa place, de se trouver rejeté, en terre inconnue, ou par son entourage

Durant le confinement, de nombreux élèves de section professionnelle se retrouvent seuls chez eux, les parents exerçant des professions qui ne peuvent bénéficier du télétravail. souvent ils sont dans la difficulté d’allier continuité de la scolarité avec les tâches ménagères et les responsabilités familiales, notamment s’occuper des frères et soeurs. Ces tâches, ils les assument en temps ordinaires, avec des plages plus amples encore, non sans la pression d’assumer la réussite de leurs cadets. Le temps est donc un facteur d’empêchement. L’accès à internet également : nombreux sont ceux qui n’ont ni ordinateur, ni internet, et si la Région a fourni des tablettes, la connexion n’est pas toujours possible. Si la famille est équipée d’un ordinateur, il sert pour toute la fratrie et les parents. C’est souvent le téléphone portable, lorsqu’il permet de se connecter (écran, chargeur en bon état), qui est utilisé par les élèves.

Un projet Arts et Cultures qui continue : de la salle à la maison mais toujours ensemble !

 Depuis trois ans, la section professionnelle François Truffaut du lycée Simone Weil à Paris s’est engagée dans un projet Arts et Cultures. Situé dans le quartier historique du Marais, cet établissement propose un parcours Arts et Cultures aux élèves qui viennent des arrondissements de l’est parisien et de banlieue, avec une forte proportion de jeunes migrants.

L'éducation artistique et culturelle est l'élément fédérateur des enseignements qui offrent une coloration des baccalauréats professionnels dans les domaines de la logistique du spectacle vivant, des musées et de l'événementiel culturel, ainsi qu'une initiation aux Langues et Cultures de l'Antiquité. Les élèves développent leurs compétences  en participant à l'organisation d'événements dans leur lycée ou dans les musées partenaires, Le Louvre et le Musée Delacroix. Ils coopèrent à des projets artistiques où ils réalisent des vidéos.
Tous les projets continuent durant le confinement, seules les restitutions se sont vues modifiées puisque soient elles sont reportées, soit elles auront lieu sous forme de publications de textes et de photographies, ou de diffusion de supports vidéos.
Les élèves de ce lycée sont impliqués dans le projet de réaménagement des espaces du lycée : une salle de spectacle, une salle de répétition, un foyer et un espace d'exposition destiné à faire du lycée un lieu culturel avec une programmation de spectacle et d'événementiel. C’est durant le confinement un lieu culturel “virtuel” qu’ils essaient de recréer, dans une visée collective et d’entraide, qui contribue à l’identité du lycée.

La recherche d’une transmission qualitative

 Des consultants professionnels et des artistes interviennent dans la formation des élèves et des professeurs. Ils poursuivent leur engagement à distance en accompagnant les jeunes avec les enseignants soit en petits groupes pour effectuer le montage vidéo soit en classe entière pour décider des orientations à donner aux projets et à leurs restitution. Cela implique une modification de la posture de l’enseignant et une grande disponibilité des intervenants. Les structures culturelles jouent aussi un rôle déterminant dans le maintien du lien.  L’enseignant joue le rôle de passeur et accompagne, de manière plus personnalisée, en tenant compte des contraintes de chacun des élèves. Cela nécessite une relation de confiance et du temps : beaucoup d’heures, en effet, sont investies dans le suivi des activités proposées, qui se passent en général en dehors des heures de cours. L’artiste et/ou l’enseignant sont dans une situation d’échange avec un élève ou un groupe d’élève, au téléphone, par whatsapp, par mail. Ces échanges peuvent être courts ou donner lieu à des discussions passionnées, il s’agit donc d’un temps informel, qui cependant répond à des codes et à un cadre professionnels. Soulignons que cet échange est ce qui a permis de recréer du lien avec des élèves absentéistes avant le confinement ou que nous avions perdu au début du confinement. Il vise un moment de plaisir dans le partage d’une découverte d’un ballet, d’une pièce, d’un livre, d’un tableau. Il s’agit également de donner confiance à ceux qui n’osent pas se lancer dans une pratique personnelle : la musique (avec les moyens du bord), l’écriture, la création vidéo, le chant, le dessin, ...

Quelques exemples de modalités et de développement à distance du projet artistique

 Un accompagnement pas à pas est inventé au jour le jour pour les mener vers l’autonomie : être curieux pour partir à la découverte, se repérer dans les sites proposés et se constituer un catalogue de ressources où puiser, se dégager du temps pour les consulter, en garder des traces, partager avec ses camarades et professeur. Ce sont toutes ses étapes qui sont traversées par l’enseignant qui “fait” en même temps le parcours et l’activité. Les ressources disponibles sur le site académique, celui de la Daac, de la Cardie, et des sites disciplinaires, ont été mobilisés pour accompagner les élèves.

L’atelier artistique et la classe à Pac Faire voir et mettre en Lumières se poursuivent à distance avec l’intervenant.
Les projets SAFIAC ont été modifiés dans leur restitution, afin de permettre une diffusion par internet :

https://www.ac-paris.fr/portail/jcms/p2_1951043/saison-academique-franco-italienne-des-arts-et-de-la-culture-2019-2020

De même que les restitutions des partenariats, par exemple avec le Rond-Point.
Des photos, des vidéos et des enregistrements sonores sont réalisés également à distance et font l’objet d’un montage collectif.
Les modalités varient de la pratique individuelle au petit groupe et à la classe entière, voire avec deux ou trois classes en parallèle. Ces modalités d’échange par téléphone, réseaux sociaux, ou en ligne sur les plateformes dédiées permettent à l’enseignant d’expérimenter une posture de passeur, de parrainage, dans la transmission de ses expériences culturelles (pratique en ligne des expositions virtuelles et des captations théâtrales par exemple).