L'organisation du retour au collège Pierre Mendès France (20e)

VISUEL PADLET CLG PIERRE MENDES FRANCE

Nathalie Dupain et Guillaume Delmas, Principale et Principal adjoint du collège Pierre Mendes France, reviennent sur les axes qui ont guidé l’organisation du retour des adultes et des enfants au sein de l’établissement à partir du 2 juin. Après trois demi-journées d’échanges, de réflexion et de travail collectifs, l’équipe éducative a accueilli, avec un autre regard, les élèves des quatre niveaux de classes, de la 6e à la 3e. Cela aura permis en tout premier lieu, de se donner le temps et l’espace d’exprimer son vécu, ses émotions et le plaisir de se retrouver… d'inscrire dans la durée un retour à l’école sans rupture et faire en sorte que cette période ne se referme pas comme une parenthèse mais soit un levier pour réflechir aux changements de pratiques et de posture.

Quelle place a pris, prend ou prendra le récit du vécu de chacun (personnels, élèves…) dans le cadre de la réouverture de votre établissement ?

La réouverture du collège s’inscrit dans la continuité d’une culture d’établissement qui place au centre la réflexion autour de la relation éducative et pédagogique. Il nous a semblé que l’expression de la parole des élèves et des familles devait, encore plus que d’habitude, y occuper une place prépondérante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons voulu que les conseils de classe du 3ème se tiennent « en présentiel » avec les parents et les élèves et qu’ils soient largement consacrés aux témoignages et interrogations des parents et des élèves sur cette expérience.
Dès l’annonce du confinement, l’équipe s’est employée par tous les moyens à maintenir les liens pour permettre aux élèves de continuer à apprendre sans rupture pénalisante. Il s’agissait, dès le 1er jour, de faire preuve d’une véritable disponibilité humaine et temporelle pour ne perdre contact avec aucune famille (transfert immédiat de la ligne du collège sur le téléphone portable du principal adjoint, distribution de 180 tablettes, appels réguliers par les professeurs principaux, les CPE, la direction pour savoir où en étaient réellement nos élèves).

Nous ne voulions pas que cette expérience commune se referme comme une parenthèse, mais qu’elle nous permette d’engager une véritable réflexion collective pour construire une analyse et élaborer des propositions pour la suite.
Lors des 3 demi-journées de préparation du retour des élèves, les enseignants ont été réunis en plénière puis regroupés en équipes disciplinaires et enfin répartis en ateliers interdisciplinaires selon quatre thématiques (continuité et fracture numérique, maintien des liens à distance, conseil pédagogique, retour en présentiel). Ils ont pu échanger sur la manière dont ils ont vécu cette expérience, exprimer leurs inquiétudes, mettre en commun les difficultés rencontrées, les bonnes surprises, les échecs, les réussites, les pistes à réinvestir en présentiel, celles à abandonner… mais aussi interroger la place du collectif, le travail d’équipe, la pédagogie, les outils, la fracture numérique, les besoins en formation, etc.

Les contraintes imposées par le protocole national ont été l’occasion d’engager une réflexion commune autour de l’accueil des élèves : concevoir une journée de « rentrée » qui ait du sens, plus chaleureuse, plus humaine, prenant en compte la réalité vécue par les élèves et les familles.
Dans leurs propositions réalisées en atelier (voir le padlet *  créé par 3 enseignants et l'infirmière que les collègues peuvent abonder), les enseignants invitent à donner une place importante à la prise de parole des élèves. Les ressources proposées, comme « le blason au temps du confinement » (ci-dessous), visent différents objectifs : permettre aux enfants de s’exprimer sur la situation vécue, le sentiment d’appartenance à la classe, le retour à l’école, d’engager un travail sur les émotions, mais aussi d’échanger sur le coronavirus, d’expliciter et d’accompagner le protocole… 

 Le blason au temps du confinement  

Le blason au temps du confinement 

Quelle(s) modalité(s) de mise en œuvre avez-vous jugé la/les plus adaptées à votre contexte ?

Nous avons fait le choix d’accueillir les quatre niveaux de classe par groupes en alternance de demi-journées, dès les 4 et 5 juin. D’une part, nous voulions éviter un sondage préalable auprès des familles qui aurait être anxiogène et faire peser trop lourdement sur elles la responsabilité du choix de scolariser ou non leur enfant. D’autre part, nous voulions construire une organisation qui permette de préfigurer les conditions de à la rentrée prochaine, si la situation devait perdurer, même assouplie. Il s’agissait de montrer que l’ensemble du service public de proximité rouvrait, y compris la cantine essentielle pour les familles. 60 % des élèves de 6e et 5e étaient présents lors de la demi-journée d’accueil du jeudi 03/06, 55% des 4e et 3e le vendredi 04/06, pour atteindre presque 70 % dès la semaine suivante. Un dialogue a été systématiquement engagé avec les familles des élèves absents pour en connaître les raisons, les informer et les rassurer.
Ce dialogue permanent avec les familles a permis de penser le 2e retour du 22 juin moins comme une rupture que comme une continuité - relative - dans un retour à une nouvelle normalité.

Chaque groupe était accueilli par le professeur principal de la classe accompagné d’un autre enseignant, rejoints par l’équipe de direction et les CPE, venus exprimer leur bonheur de les retrouver ! L’infirmière, à son tour, leur présentait une démonstration des consignes sanitaires (non sans humour !). Différentes ressources, élaborées lors de la pré-rentrée, proposaient des pistes pour organiser la demi-journée d’accueil : une vidéo présentant les espaces de contraintes mais aussi de libertés dans ce « nouveau collège », des jeux (jeu de cartes, jeu coopératif) permettant aux élèves de verbaliser ce qu’ils ont vécu dans le confinement, des défis créativité à relever pour agir sur ce nouveau cadre, une approche artistique, une sélection d'informations fiables et destinées aux ados.

Les enseignants étaient invités à organiser les 3 heures de cette demi-journée particulière comme ils le souhaitaient. Aucune récréation n’était prévue, ils étaient libres de programmer les temps de pause et/ou d’activité en extérieur pour profiter du vaste cadre végétalisé qu’offre le collège.  
L’association Veni Verdi, avec qui le collège est partenaire dans le cadre du projet de ferme urbaine, propose aux élèves qui le souhaitent, un atelier jardin quotidien sur leurs demi-journées libres.

Cette demi-journée d’accueil était également l’occasion, pour l’équipe éducative, de repérer les signaux, même faibles, de malaises chez les élèves.
L’infirmière du collège, à temps plein, apporte une véritable ressource médico-sociale, pleinement intégrée à l’équipe de direction.
Durant le confinement, les cellules de veille (ou GPDS) se sont maintenues en virtuel en associant, pour la première fois, le professeur principal (1 h par classe). Ces temps ont permis de croiser les regards autour de situations familiales complexes et ont participé à inclure encore davantage le professeur principal aux côtés de la direction, des CPE et des acteurs médico-sociaux dans la prise de conscience de ce que vivent les enfants.

Les conseils de classe du 3e trimestre ont eu lieu en présentiel avec une volonté de prendre en compte la situation exceptionnelle. Les résultats obtenus pendant le confinement n’ont été évoqués que s’ils étaient positifs et l’essentiel du temps était dédié au recueil de la parole des élèves et des parents. Cela a permis à l’équipe de mieux comprendre les situations de certains élèves et familles et réaliser notamment l’ampleur des problématiques de connexion, de matériel, de savoir-faire. Ferme pédagogique au collège Pierre Mendès France

Quelle forme a pris ou prendra le feed-back concernant les pratiques pédagogiques, éducatives et administratives mises en œuvre durant la période de confinement ?

Les temps de travaux collectifs lors des 3 demi-journées de préparation du retour des élèves ont permis de mettre en commun un premier retour d’expériences et de réfléchir à ce qu’il faudrait modifier au protocole de continuité pédagogique et éducative si un nouvel épisode comparable venait à se produire.

Comment prend-on désormais en compte l’importance du numérique dans l’enseignement : outils (ordinateur, tablette, imprimante, connexion…), compétences (élèves et enseignants), mutualisation, formation ?
Comment le lien aux familles, aux élèves, entre professionnels, dans le groupe-classe a-t-il été maintenu ? Quelles interactions ? Quels outils ont été utilisés ? (« experts » sur leur Smartphones, nos élèves « digital natives » n’avaient pas appris pas envoyer un mail ou joindre un document par PCN).
Quelle place les parents ont joué dans cet enseignement à distance ?
Comment renforcer le travail d’équipe notamment des enseignants de la classe (plutôt que disciplinaires) et le sentiment d’appartenance à un collectif professionnel dans lequel sont inclus tous les adultes professionnels ?
Comment prendre davantage en compte les difficultés des élèves (et modifier le regard, les représentations) ? Quelles réflexions cette expérience engendre sur la posture éducative face aux élèves ?
Quelles pratiques pédagogiques ont été mises en œuvre, adaptées, transformées (tâches, supports, formes, rythmes, organisation, place de l’erreur, évaluation etc) ? Les enseignants étaient invités à prendre un peu de liberté par rapport au programme, à inventer des séquence nouvelles… ne pas reprendre les cours comme avant.

Nous avons essayé d’utiliser les contraintes du protocole sanitaire national imposé pour initier de nouvelles habitudes de coopération, d’ouverture, d’organisation... Afin de limiter les déplacements d’élèves, chaque classe reste désormais dans une salle qui lui est dédiée. Pour limiter les zones de contact, les portes des salles demeurent désormais ouvertes, ce qui change totalement l’ambiance du couloir, et plus largement du collège.

Ce retour d’expériences représente un levier pour faire réfléchir aux changements de pratiques et de postures sur la durée. Se servir de tous les moyens pour décloisonner, faire bouger les pratiques, faire en sorte que la relation adulte/enfant ne soit pas niée par la relation enseignant/élève. Plus que jamais nous avons besoin de prendre soin…

* Un grand merci à Madame Da-Silva, Madame Rotoloni, Monsieur Boutier et Madame Bizet

 

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