Faire "classe en forêt" à Paris, toute l'année, par tous les temps...

classe dehors

Faire classe dehors n'a rien d'innovant... mais à Paris ?
Tous les jeudis matin, toute l'année, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, Alexandre Ribeaud et les 23 élèves de petite et moyenne sections de l'école Bollaert (19e), font classe dans "leur petite forêt"... parisienne. Un espace de nature "sauvage" en plein coeur de la ville, source d'innombrables apprentissages et occasions de changer de postures (et de regard) pour les élèves comme pour les enseignants, ASEM... et parents investis dans l'aventure.

"Il n'y a pas de mauvais temps, seulement des mauvais vêtements",  nous rappelle cet ancien proverbe venu des contrées nordiques où les  "jardins d'enfants de forêt" sont très répandus. Bien plus rares en France, des initiatives inspirantes sont à souligner, comme celle portée par Crystèle Ferjoux, conseillère pédagogique dans les Deux-Sèvres.
Un bon K-way, une paire de bottes, bonnets, gants et double paires de chaussettes l'hiver... et hop, tout le monde dehors ! L'environnement de l'école maternelle Bollaert, située en REP dans le 19e, entre le périphérique et le quartier Rosa Park particulièrement dense, n'a rien de très "rural". Pourtant, depuis septembre 2019, la classe a lieu hors les murs, chaque semaine, au contact d'un espace de nature insoupçonné, tout proche de l'école.

Un élément déclencheur...

...l'ouvrage de Moina Fauchier-Delavigne, "L'enfant dans la nature", paru en 2019, qui se fait l'écho de recherches et de pratiques qui démontrent l’importance des milieux naturels, des arbres, de la terre, de l’eau en terme de santé (stress, obésité, hyperactivité), de développement de l’enfant (concentration, forme physique, créativité), d’équilibre psychologique (confiance en soi, autonomie), de bien-être social (coopération, égalité sociale). Nombre de ces études confirment la pertinence d’investir les espaces extérieurs à la classe pour enseigner et apprendre. 
Peu expert des pédagogies par la nature au départ, Alexandre a été rapidement convaincu par leur intérêt pour répondre aux besoins essentiels des enfants et en particulier de ses élèves qui passent de plus en plus de temps enfermés entre 4 murs, devant les écrans, coupés du réel, dans un univers bien souvent limité au quartier. En retrouvant un lien avec la nature, l’enfant vit des expériences sensorielles, émotionnelles, sociales. Il éprouve le contact avec les éléments, ressent le mouvement, le froid, le chaud, le mouillé…. apprend à observer. Les occasions de découvrir, manipuler, coopérer sont décuplées.

faire un jardin2  escargot  
Dès la rentrée, Alexandre présente un projet pédagogique  argumenté à son inspectrice, son directeur et ses collègues, soutenu par sa conseillère pédagogique EPS, Corinne Mazel. L'accueil est enthousiaste. Une réunion d’information est programmée en début d’année afin de présenter le projet aux parents, dissiper leurs craintes (essentiellement la peur du froid...), obtenir leur adhésion. Une dizaine de parents étaient prêts à accompagner la classe aux côtés de l'Asem, elle-même très impliquée dans le projet. "Un papa a même souhaité nous accompagner tous les jeudis et nous avons compris en fin d'année, précise Alexandre, qu'il était le mystérieux "esprit de la forêt" qui signait des petits mots, des poèmes, accrochés aux arbres pour nous souhaiter la bienvenue... "

A la recherche du petit coin de nature... en ville

Le choix du lieu est important, en particulier en milieu urbain : il doit être le plus "sauvage possible", composé d'arbres où l'on peut grimper, une butte à escalader, de la terre à creuser, une clairière où se poser, des petits recoins et chemins "dérobés". L'aire de pique-nique du Parc de la Villette, lorsqu'on y accède par l'arrière, en passant par "les petits chemins secrets", s'avère idéale, elle a très vite rebaptisée "notre petite forêt" par les élèves.
Les contraintes sanitaires et sécuritaires récentes ont conduit la classe à se rabattre sur le square jouxtant l'école, "beaucoup moins sauvage, mais finalement intéressant car les élèves ont eux-mêmes découvert des passages secrets, un petit arbre à escalader. C’est finalement le regard des élèves qui a fait la richesse du lieu ", remarque Alexandre.
"Je vais me lancer et apprendre en même temps que mes élèves"... Surpris par l'extrême diversité des apprentissages que l’on peut mettre en œuvre dans ce coin de nature, Alexandre a choisi de se focaliser sur le jeu libre et le langage. Les sensations et émotions fortes que les élèves ressentent à l'extérieur sont autant de d'occasion de partager, et d'enrichir son langage, son vocabulaire.

escalader la butte2 bâton pindre dehors 

Comment se déroule une séance ?

Les rituels familiers de la classe sont maintenus pour rassurer les élèves et " pour montrer que l’on est en classe même s'il on est dehors : on s’assoit en rond sur notre grande bache, on chante une chanson tous ensemble exactement comme en classe".
Quelques consignes sont données, toujours les mêmes.
Les quatre principales : ne pas se faire mal, ne pas sortir de la zone délimitée, se rassembler quand sonne la crécelle, ne pas manger tout ce que l’on ramasse.
Mais aussi ce que l’on a le droit de faire : quelques activités proposées (réalisation d'un herbier, musique, peinture dehors...), jouer avec un bâton, grimper aux arbres, se rouler dans l’herbe, creuser, regarder un des livres sur la nature que nous avons apportés, ne rien faire... Les élèves sont toujours très surpris de cette liberté qu’on leur offre !", remarque Alexandre, liberté qui permet la mise en jeu de leur imaginaire et de leur créativité.
La séance se déroule essentiellement autour d’un jeu libre, laissant aux élèves le temps d'explorer par eux-mêmes. Certains veulent grimper à l’arbre, d’autres préfèrent cuisiner avec des feuilles et de la terre, d’autres escalader la butte... L'enseignant passe beaucoup de temps à observer, à discuter avec les élèves. Le contexte apaisé et priviligié s'y prête : dehors plus de problème de bruit, de place, de matériel... Il adapte ses propositions d'activités, son guidage, ses consignes à chaque élève, selon son rythme d'évolution. De retour en classe, l’après-midi, avec les élèves de moyenne section (les petits sont à la sieste), les expériences vécues par les élèves sont verbalisées par écrit individuellement (dictée à l’adulte, photos, collages…). Les autres jours de la semaine sont également l’occasion de réinvestir ce qui a été découvert, rapporté ou expérimenté, pour le convertir en apprentissage.

Changement de posture et de regard

De nombreux bénéfices sont rapidement observés tant sur le plan des apprentissages que du bien-être des élèves et des adultes. Cette expérimentation a été, pour l'enseignant, comme pour l'ASEM, l'occasion d'observer les élèves dans une situation différente et changer leur regard, comme sur cette élève de petite section particulièrement agitée en classe qui a tout de suite montré une très grande capacité de concentration dehors, bien plus que d’autres élèves. 

Se faire lire un livre par un grand trefle regarder son ombre 

Pour en savoir plus, voir :

  • le site d'Alexandre Ribeaud  "Ma classe dehors", dans lequel figurent de nombreuses précisions sur sa démarche et ressources ;
  • son témoignage inspirant lors du 1er RDV du lab "Bien-être" inaugurant un groupe d'échanges académique autour de la thématique "Faire classe dehors à Paris" (voir les liens et ressources partagés ainsi que la captation de l'échange).

Photos : Alexandre Ribeaud


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25/11/21 à 17h30 : RDV#1 avec Laurent Daufès "Communiquer pour expliquer, engager, fédérer" au Lycée Arago. S'inscrire ici

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