École dehors

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Cet espace académique a vocation d'accompagner les enseignants désireux de commencer à enseigner dehors ainsi que les directeurs d'école soucieux de les accompagner dans ces innovations pédagogiques. Ces ressources sont le fruit de recherches et d’expérimentations initiées depuis plusieurs années par des chercheurs, des conseillers pédagogiques et des enseignants désireux de faire coïncider apprentissages et bien être et d’encourager le développement harmonieux des élèves.

Elles sont proposées dans cet espace grâce au travail en collaboration de la Cardie et de l'équipe des conseillers pédagogiques du 19ème arrondissement.

Ce travail de synthèse est le fruit de recherches et d’expérimentations initiées depuis plusieurs années par des chercheurs, des conseillers pédagogiques et des enseignants désireux de faire coïncider apprentissages et bien être et d’encourager le développement harmonieux des élèves. Cette réflexion s’inscrit elle-même dans une filiation historique et une continuité pédagogique liées à l'expérience des écoles de plein air ainsi qu'aux mouvements de l’éducation nouvelle : l’école moderne, les méthodes actives, l’éducation intégrale…


1. Définition


Chrystèle Ferjou définit la classe dehors comme une « pratique d’enseignement régulière dans un espace naturel et culturel, proche de la classe et de manière interdisciplinaire pour travailler l’ensemble des domaines de l’école. » Dans cette tentative de synthétiser des pratiques qui s’adaptent à la diversité des contextes et des environnements, on pourrait également s’accorder sur l’objectif suivant : "Emmener les élèves dans un « coin de nature » de façon régulière et pour une durée assez longue (au moins ½ journée)."

Faire classe dehors est une pratique pédagogique réfléchie, organisée et régulière qui se déroule dans des milieux variés. L’enseignant désireux de s’engager peut réfléchir au préalable à certaines variables.


2. Le temps et la durée


La classe dehors s'inscrit dans le cadre des sorties scolaires régulière de proximité. Elle favorise la consolidation des savoirs et des compétences ainsi que l’appropriation de repères dans un espace choisi.

Elle se déroule, idéalement, sur une 1/2 journée (au strict minimum sur une heure sans compter le trajet). Les temps de déplacement ne doivent pas dépasser les temps d'apprentissage sur place. La classe dehors est régulière et récurrente, elle se déroule en général une fois par semaine quel que soit le temps, et est inscrite à l’emploi du temps. Cette régularité permet à l’élève de construire une perception du temps affinée (les saisons, le rythme de la journée...).
On peut aussi organiser une sortie mensuelle sur une durée plus longue et/ou plus éloignée, par saison ou par période, avant et/ou après des sorties régulières plus courtes qui préparent ou exploitent la sortie mensuelle.


3. Le choix des espaces


La classe dehors est une sortie scolaire  qui permet l’appropriation d’un espace donné, dans l'enceinte de l'école ou en dehors. Cet ancrage permet à l’élève de construire une perception de l'espace plus affinée (diversité et richesse des milieux différents), de connaitre et de respecter un milieu extérieur (comprendre pour mieux respecter). Les espaces extérieurs de l'école et en dehors de celle-ci doivent être investis.
L’enseignant privilégie idéalement un environnement naturel  si possible boisé et proche de l’école. « Connaître un lieu, se l’approprier, et apprécier la façon dont il évolue prend du temps. »

 

4. La connexion avec la nature

Le concept de « connexion à la nature » incarne aujourd’hui l’importance du lien sensoriel au vivant. Dans les faits, personne n’est totalement déconnecté de la nature puisque chacun respire l’air, boit de l’eau et frissonne lorsqu’il fait froid. (…) Notre environnement participe à notre éco-formation, en façonnant notre être-au-monde. »
Trouver, sentir et expérimenter son corps dans un environnement moins contraint que celui de la classe, la chaise et son bureau est un enjeu essentiel et une condition au mieux-être et mieux apprendre.


5. Les spécificités de la classe dehors en milieu urbain


Le contexte parisien impose une certaine flexibilité quant à certaines de ces composantes.
La question de la (re)connexion à la nature en ville, où la nature n’est pas dominante, se pose. A moins d’avoir la chance de bénéficier d’un « coin de nature » à proximité de l’école – ce n’est pas le cas général en ville – la classe dehors s’y déroule inévitablement de façon différente que dans la forêt ou à la campagne.


L’enseignant en milieu très urbanisé cherchera donc un environnement naturel ou culturel, dans ou proche de l’école. C’est avant tout la régularité et la répétition dans un même lieu qui est intéressante. Elle permet de construire des repères, de varier les points de vue d’observation et d’expérimentation pour favoriser l’initiative et l’autonomie.
Un enseignant en milieu urbain, s’il choisit un environnement proche de l’école pourra engager son observation et son expérimentation en faisant varier les points de vue et en donnant aux élèves les éléments pour questionner ce qui l’entoure. Il construit de cette manière des passerelles entre l’environnement scolaire et celui personnel de l’élève. Faire classe dehors développe un regard culturel partagé entre les élèves et leur enseignant et permet de s’inscrire dans l'observation et l'exploration d'un écosystème diversifié.

La sécurisation de cet espace est également une donnée essentielle en ville pour que chacun des acteurs puisse se sentir à l’aise et s’y engager.


6. Le positionnement de l'enseignant

Les objectifs des situations de classe dehors engagent à :

  • Mettre en œuvre un enseignement ancré dans l’action et la réalité, pensé dans son ensemble plutôt que découpé de manière disciplinaire.
  • Proposer des contextes d’apprentissage favorisant la curiosité, l’initiative et l’autonomie ;
  • Développer des compétences collaboratives, créatives, sociales et relationnelles ;
  • Favoriser l’épanouissement de l’enfant dans sa globalité (moteur, sensoriel, perceptif, cognitif et langagier).

Ces engagements demandent à l’enseignant d’adopter un positionnement spécifique et rigoureux pour se rendre capable de :

  • Construire une pédagogie de la confiance et de l’accompagnement qui valorise la découverte directe de l’environnement par les enfants, des modalités d’échange s’appuyant autant sur les apports entre pairs que sur l’étayage sécurisant de l’adulte, un travail d’observation consciencieux des élèves ;
  • Traduire dans le cadre d'une démarche d'enseignement explicite l'expérience sensible du monde en compétences scolaires ;
  • Développer une rigueur constante dans les conditions de mise en activité pour garantir la sécurité de tous les élèves.

 

SOURCES
Crystèle Ferjou : Emmener les enfants dehors – éd. Robert Laffond, 2020
Dimitri de Boissieu S’éduquer à la nature plutôt que de s’y reconnecter » Reporterre 2021
Classe dehors : 2 temps et 3 mouvements sur le site Enseigner dehors en ville
L’école dehors : l’exposition à la nature ne fait pas tout ! The Conversation, Laura Nicolas, 31/03/21

Dans le contexte sanitaire actuel, enseigner dehors dans des milieux variés proches de la classe (dans l’enceinte de l’école ou en dehors) est une pratique bénéfique tant sur le plan sanitaire que sur le plan éducatif qui permet de mobiliser tous les enseignements.
Le dispositif de classe dehors suppose que la pratique soit réfléchie et organisée pour se déployer dans le milieu citadin spécifique à l’académie de Paris. En effet, la capitale concentre plus de 600 écoles sur un territoire comprenant 17 parcs, 145 jardins et 275 squares soit 530 hectares, hors bois, 5% de la superficie totale de l’académie.
Ce document a pour objectif d’accompagner cette mise en œuvre en clarifiant le cadre dans lequel inscrire ces initiatives innovantes impliquant de nouvelles postures d’apprentissage.

 

1. Le cadre de référence

En référence au BO sur les sorties scolaires de 1999, la « classe dehors » s’inscrit dans le cadre des sorties régulières de proximité de 1ère catégorie, correspondant aux enseignements réguliers, inscrits à l'emploi du temps et nécessitant un déplacement hors de l'école. Ces sorties scolaires régulières sans nuitée sont autorisées par le directeur d'école. A ce titre, faire « classe dehors » est soumis à la réglementation des sorties scolaires.

Les autorisations de sorties scolaires sont délivrées après avoir vérifié que les conditions de sécurité sont respectées, le directeur et le PE doivent veiller :

  • aux conditions d'encadrement,
  • aux conditions de déplacement,
  • aux conditions d'accueil,
  • à la nature et aux conditions des activités pratiquées.

2. L'encadrement

Quels que soient le type de sortie scolaire et les effectifs de la classe, les élèves sont toujours encadrés par deux adultes au moins, dont le maître de la classe. Le deuxième adulte peut être un autre enseignant, un aide éducateur, un agent territorial spécialisé d'école maternelle (ATSEM), un parent ou autre bénévole...

Toutefois :

  • à l'école élémentaire, l'enseignant peut se rendre seul, avec sa classe, soit à pied soit en car spécialement affrété pour la sortie scolaire, sur un lieu situé à proximité de l'école pour une durée globale qui ne dépasse pas la demi-journée de classe (par exemple : gymnase, salle de sport, piscine, bibliothèque municipale...) ;
  • à l'école maternelle, l'enseignant accompagné d'un adulte, peut se rendre, avec sa classe, soit à pied soit en car spécialement affrété pour la sortie scolaire, sur un lieu situé à proximité de l'école pour une durée globale qui ne dépasse pas la demi-journée de classe (par exemple : gymnase, salle de sport, piscine, bibliothèque municipale...).

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3. Les déplacements


Afin d'éviter une perte de temps et une fatigue excessive pour les élèves, il est souhaitable que la durée du déplacement aller-retour ne soit pas supérieure au temps réel de l'activité.

S’il s’agit d’une sortie de proximité, ce déplacement s’effectue soit à pied soit en car spécialement affrété pour la sortie scolaire. Il est nécessaire de remplir les conditions liées au niveau Vigipirate et au protocole sanitaire en vigueur.

S’il s’agit d’une sortie qui nécessite le prendre les transports en commun, il est nécessaire de remplir les conditions de sécurité liées au taux d’encadrement minimum et au niveau Vigipirate en vigueur ainsi que les conditions sanitaires du protocole en vigueur (notamment sur l’autorisation des brassages et du croisement avec le public).

Finalités, intérêt et objectifs d'une sortie scolaire
Dans le cadre des sorties scolaires, la « classe dehors » contribue à donner du sens aux apprentissages en favorisant le contact direct avec l'environnement naturel ou culturel. Les sorties concourent ainsi à faire évoluer les représentations des apprentissages scolaires en les confrontant avec la réalité.
Les activités pratiquées à l'occasion d'une « classe dehors » viennent nécessairement en appui des programmes. Elles s'intègrent au projet d'école et au projet pédagogique de la classe. Chaque sortie, quelle qu'en soit la durée, nourrit un projet d'apprentissage, souvent pluridisciplinaire, au travers d'un programme minutieusement préparé dans lequel le nombre des sujets d'étude ou des activités pratiquées doit être limité. Ainsi la sortie scolaire ne constitue pas seulement un surplus de nature divertissante à la scolarité, même si les conditions du déplacement et de la découverte ont souvent, pour de jeunes enfants, une dimension festive.

 

4. Le plan Vigipirate

Le plan Vigipirate s’impose sur l’ensemble du territoire parisien.
Dans ces conditions, la classe dehors dans les espaces verts publics parisiens est soumise aux règles de vigilance qu’impose le plan Vigipirate quel que soit le niveau d’alerte.
Dans le cas où plusieurs classes se retrouvent sur un même espace, cela peut être considéré comme une rencontre et donc un rassemblement sur voie publique soumis à des recommandations précises de la préfecture de Paris.

Ainsi pour pouvoir organiser la classe dehors à l’extérieur de l’établissement, l’enseignant :

  • veillera à se tenir informé du contexte et de l’actualité avant toute sortie
  • fera preuve d’une vigilance accrue et aura une posture permanente de sécurité durant toute la durée de la sortie (déplacements, activités, etc.)
  • sera vigilant à ne pas rencontrer d’autres classes dans le même espace

 

5.  Les règles sanitaires

Pour pouvoir organiser la classe dehors à l’extérieur de l’établissement dans les meilleures conditions, les écoles pourront se rendre sur des espaces verts dans lesquels des créneaux de fermeture au public peuvent être programmés par la Ville et dans lesquels se dérouleraient ces expérimentations programmées par classe et par école.

  • La limitation du brassage entre élèves de groupes différents (classe, groupes de classes ou niveau) étant requise par le protocole sanitaire actuel, les croisements d’élèves dans un même lieu sont à limiter. Par conséquent, il conviendra d’éviter que les élèves côtoient le public ou d’autres classes dans ces espaces.
  • Le respect des gestes barrières et la distanciation restent de rigueur lors de ces sorties (lavage des mains, masques pour les élèves d’élémentaire, gel hydro alcoolique si besoin, etc.)


6. La propreté et la sécurité des espaces choisis

Le problème de l’hygiène se pose dans certains parcs qui ne sont pas nettoyés quotidiennement. Des objets dangereux et détritus peuvent joncher le sol et être préjudiciables pour la santé des élèves.
Ainsi pour pouvoir organiser la classe dehors à l’extérieur de l’établissement, l’enseignant et le directeur s’assureront de la propreté et de l’hygiène du lieu et de son atmosphère sécurisée.

 

SOURCES
CPD EPS PARIS
C.PIEROTTI / E.ZULIANI