Pratiques et questionnement de Cécile, enseignante en CE2-CM2 à l’école Eblé (Paris 7e)

VISUEL ECOLE EBLE

Comment garder le lien avec nos élèves et leurs parents, comment enseigner et poursuivre la progression des apprentissages, quelles mises en œuvre et avec quels outils, comment évaluer les compétences de mes élèves, comment maintenir ou même s’assurer de leur engagement dans une activité et comment remédier quand des difficultés se présentent ? Autant de questions que se pose jour après jour Cécile, enseignante à l'école Eblé (7e)

Si nos missions restent inchangées affirme t-elle, la manière d'enseigner est bouleversée.

Partageons ici comment Cécile essaie d'apporter progressivement des réponses à certaines de ses questions adaptées à son contexte.

 

L’organisation de la semaine et du quotidien

Des plans de travail donnés deux fois par semaine par mail et par niveau : Les lundis et les jeudis, les élèves font le point avec leur enseignante  sur les plans de travail. « Nous les lisons et expliquons. Les élèves posent des questions »

Les parents envoient les travaux de leur enfant sur ma boîte mail, me permettant de prendre connaissance des réalisations des élèves (CF pièces jointes).

 

Deux temps de classe virtuelle d'environ d'une heure et demi deux fois par jour (le matin pour les CE2 et l'après-midi pour les CM2) permettent :

-          de garder un lien direct élève-professeur, de récolter le questionnement des élèves, leur avis sur le rythme de travail donné et de connaître l’état d’avancement des acquisitions.

-          de faire  jouer le lien social d’élèves à élèves. Chez eux, ils n’ont aucun pair pour confronter, conforter, s’entraider, reformuler, coopérer, collaborer ou se divertir au moment d’une activité d’apprentissage.

Ces moments permettent de rétablir ce lien « même si je reste l’interface pour donner la parole » écrit Cécile. Afin de créer ces moments de communication élève(s)-élève(s), elle doit solliciter les élèves en posant des questions, en validant non pas par sa seule approbation mais en passant par la démonstration : « Quelqu’un veut-il réagir ? » - « Que pensez-vous de la proposition de … »

 

La place de l’enseignante dans le triptyque  : élève-enseignant-savoir

Dans le contexte inédit d’aujourd’hui ; «  le professeur est dans une posture de contrôle. Je contrôle la communication et leurs relations. Les élèves ne peuvent plus travailler ensemble librement sans ma présence » remarque Cécile.

Pour compenser cela, le questionnement est la seule façon que Cécile adopte pour le moment afin de  s’effacer. « Parfois cela me met dans une position d’équilibriste surtout en CM2 car la démonstration des élèves exige de bonnes connaissances didactiques (en amont) et une capacité fine pour comprendre  leur démarche ».

Les propositions sont parfois très pertinentes car les élèves ont des intuitions qui demandent d’être explicitées par des savoirs.

De leur côté les élèves deviennent correcteurs en catégorisant leurs erreurs. En dictée par exemple, ils doivent identifier le type d’erreur pour les transmettre à l’enseignante

Pour les techniques opératoires constate Cécile, c’est plus compliqué. « En mathématiques et en sciences, plus largement, il s’agit de disciplines dans lesquelles la démonstration reste incontournable. Ne plus pouvoir observer pour évaluer les démarches des élèves bloque le cœur même de l’enseignement. Pour pallier et récolter les travaux des élèves, je leur demande de faire une photo et de me l’envoyer. Cependant l’émulation collective est ici difficile».

La place du  langage, de l’écoute et la clarté des consignes

Les consignes doivent être encore plus précises qu’en présentiel aujourd’hui et ne pas laisser place au doute. «  n’étant plus là pour étayer, les élèves sont seuls pour répondre à leurs questions. Au moment de notre retour en classe réelle, je m’attends à avoir quelques surprises ».

Le temps est précieux lors des moments de la classe virtuelle. Un effort est demandé à chacun pour s’exprimer clairement et bien articuler ; Cécile doit veiller à fermer son micro pour ne pas interférer et parasiter les propos du camarade / de l’élève.

La place de l’écoute est primordiale. Pour l’enseignante « une écoute sans interrompre est obligatoire…  je laisse les élèves exposer leur démarche jusqu’au bout. J’interromps plus rarement. Je m’habitue à reformuler pour m’assurer que j’ai bien compris et pour veiller que les autres élèves aient compris également. Ce temps de reformulation leur laisse aussi le temps de réfléchir et de construire leur intervention ».

Le rôle des parents : un nouveau « médiateur-collaborateur »

Le parent est désormais dans la classe ; le professeur devient l’expert qui doit montrer, prouver ses compétences.  Là encore, ce tiers influe sur la qualité du  langage de l’enseignante. « Je veille donc à utiliser un vocabulaire précis, à utiliser une syntaxe rigoureuse. Après plusieurs séances, les parents sont de moins en moins présents ».

Pour Cécile le parent est le premier collaborateur sans qui rien n’est possible. Une confiance s’installe avec des échanges réguliers et bienveillants par mails mais aussi des encouragements et de la gratitude des deux  côtés.

Des constats et encore beaucoup de questionnements :

"Certaines habitudes installées en classe facilitent  aujourd’hui l’enseignement à distance : situations de recherche, de collecte pour les élèves,  tout comme un apprentissage spiralaire mis en place depuis septembre."

"Le plus compliqué, aujourd’hui est bien d’analyser et de s’appuyer sur le travail des élèves. Le moment de la classe virtuelle est celui qui permet  de discuter, étayer et expliciter certaines  propositions et démarches d’élèves repérées en amont."

"La question de la différenciation pédagogique reste entière. Pour  répondre aux difficultés persistantes, je n’ai pas encore réussi à y répondre de façon qualitative, même si je commence à proposer des exercices avec des niveaux de difficulté différents. Etant donné que le plan de travail est donné de façon collective, il est difficile de rendre public ce travail différencié sans stigmatiser certains élèves » rapporte Cécile. Enfin, "la question du volume de travail acceptable reste cruciale".

 

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