"La continuité pédagogique c’est continuer à prendre soin de nos élèves "

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Les classes inversées sont particulièrement invoquées dans ce contexte de confinement. Stéphane Pamphile professeur de physique à la cité scolaire Paul Valéry utilise cette modalité pédagogique avec ses classes depuis plusieurs années; il témoigne de son expérience passée au regard du contexte actuel.

Comment organisiez-vous vos séquences ?

Je publie une vidéo toutes les semaines. Après avoir visionné la vidéo les élèves doivent répondre à un quizz pour vérifier les acquis. Le logiciel indique les mauvaises réponses mais ne donne pas les réponses. Ainsi les élèves peuvent revoir la notion ou l’aspect indiqué et refaire le quizz autant de fois qu’ils le souhaitent pour arriver à avoir des bonnes réponses  à toutes les questions.

Ensuite chaque élève rédige une trace écrite sur son cahier, liste les notions comprises, celles qu’il n’a pas comprises, les points dans lesquels il ne se sent pas à l’aise.

De chez moi je peux voir les résultats des quizz et ainsi pour chaque élève les questions qui posent problèm, les notions mal acquises, et je repère les élèves en difficulté pour lesquels je peux élaborer des exercices spécifiques.

En classe le cours se devise en deux temps :  un temps d’échange questions réponses structuré dans lequel tous les élèves participent. A la fin de ce premier temps je distribue une trace écrite finale

Puis un temps de travail en groupe de 2 ou 4 élèves en ilots. Des exercices ou de TP qui permettent d’appliquer les notions travaillées dans les vidéo et les Quizz. Ces activités se divisent en 2 types d’exercices : un tronc commun d’exercices communs à tous et un tronc d’exercices adaptés à chaque élève en fonctions des difficultés que j’ai repérées. Ces activités permettent de stimuler l’entraide, la collaboration; je passe auprès de chaque élève pour accompagner et remédier. Cette modalité de travail est efficace et plait aux élèves et aux familles.  

Quelles sont les difficultés rencontrées actuellement?  

Mes élèves sont habitués travailler seuls ils savent où trouver les vidéos, les quizz et les outils que je mets à leur disposition.  Ils ont l’habitude de planifier et de s’organiser. Je programme 2 rendez-vous en classe virtuelle par semaine au cours desquels j’utilise l’écran partagé pour les activités.

La synthèse des cours élaborée par l'enseignant est toutefois plus précise qu’avant car l’étape de mise en commun est réduite, les exercices sont simplifiés et guidés; Ils peuvent envoyer un mail s’ils rencontrent une difficulté. En fonction des retours, une classe virtuelle de plus peut être programmée. En revanche "je mesure pleinement désormais que certains de mes élèves ont des difficultés pour joindre un fichier à un courriel, déposer un document sur l’ENT car c’étaient des choses que je ne leur demandai pas avant." ajoute S Pamphile.

La question principale qui se pose est celle du rythme et du temps d’apprentissage qui est démultiplié à cause du recours systématique de l’écrit. C’est peut être cela qui explique cette surcharge à laquelle on assiste. La répartition du travail a explosé en éclat par excès de bonne volonté est-ce le signal d’une forme de déni pour faire comme si ?

L’usage presque exclusif de l’écrit est pour les élèves qui étaient en difficulté avec la compréhension de l’écrit catastrophique car ils risquent de se décourager; les explications telles que l’on peut les apporter en classe manquent.

Pour ma part les classes virtuelles sont actuellement indispensables pour créer le lien pour rassurer les élèves et dédramatiser. Par protection peut être, certains élèves essaient de faire comme avant alors je ré-injecte de la souplesse et de l’humain. La continuité pédagogique c’est pour moi d’abord et avant tout continuer à prendre soin de nos élèves.

Avec le confinement avez-vous adapté vos pratiques ?

Pour ma part, je m’impose un rythme très régulier : je suis devant mon ordinateur de 8h à12h puis de 13h30 à 18h. durant la journée, je réalise 1 à 2h de classes virtuelles le reste du temps est consacré aux préparations de cours, réponses aux familles et aux corrections des et travaux d’élèves que je reçois par mail.

Cette situation m’oblige à prendre en compte des difficultés de lecture et les disparités en ce qui concerne l'aisance avec l'outil informatique que je pouvais ignorer jusque-là ou que je pouvais régler facilement. On apprend à remédier différemment la spécificité de chaque élève.  Dans ce contexte de confinement nous avons me semble-t-il plus de temps pour réfléchir à nos pratiques car nous ne sommes pas parasités par la gestion de classe, les sonneries, le quotidien non pédagogique (photocopies, problèmes techniques…). Pour ma part la classe virtuelle est plus confidentielle et plus feutrée je demande aux élèves de couper tout comme moi, la caméra mon casque et mon micro me permettent d’être en immersion je n’entends que leur voix je ne suis pas parasité par le bruit extérieur pour me consacrer aux élèves. Je suis professeur principal de 3ème depuis de nombreuses années et je constate que paradoxalement mes élèves ont travaillé plus précocement la question de l’orientation que les années précédentes.

Après le confinement quelles leçons ?

Le contexte actuel m’amène à me poser de nombreuses questions ; tout d’abord l’équipement et la maitrise de l’outils informatique. On a légitimement beaucoup parlé des élèves et des familles mais pour les enseignants le problème se pose également car pour « télétravailler » les enseignants utilisent leurs équipements personnels bien souvent  basiques (ni camera ni micro ni imprimante ni scanner) et qui ne sont pas adaptés à l’organisation de classes virtuelles.

Il faudra  décomplexer parents, élèves et enseignants à l’usage du numérique en passant par une formation de tous. Dans ce contexte le développement et le déploiement de PIX me parait plus que jamais essentiel. (*service public dont la mission est d’amener chacun d’entre nous à cultiver ses compétences numériques et à valoriser ses acquis, et ce tout au long de sa vie.)

Cette période doit aussi nous amener à utiliser des protocoles en matière de supports et de communication; certains mesurent aujourd’hui que nous ne sommes pas égaux en terme de maitrise d’outils informatiques élémentaires (des élèves et des parents d’élèves ont eu du mal à joindre des pièces jointes dans un mail, créer un dossier …).

Le contexte actuel m’amène à penser que nous avons besoin d’une uniformisation des pratiques informatiques avec des outils chartés, des serveurs solides, des logiciels nationaux performants. Cela passe également par la production de logiciels publics fiables en capacité de résister à des connexions simultanées massives.  

Il est important d’outiller les élèves pour travailler seul en autonomie ou leur apprendre à trouver les ressources, leur apprendre à organiser un planning de travail et cela passe par apprendre à travailler à la maison. Nous devons réfléchir à centraliser des ressources qui existent mais qui sont trop éparses cela est source d’une inégalité supplémentaire car ceux qui sont à l’aise avec le numérique s’adaptent.

Stéphane Pamphile s’interroge également sur les modalités de la reprise ; on ne pourra pas faire comme si rien ne s’était passé. Un temps de rentrée sera indispensable. Je réfléchis à la manière d’aider ceux de mes élèves qui n’auront pas pu suivre à cause des problèmes techniques ou des difficultés à vivre le confinement. J’ai fait le choix d’avancer dans le programme mais en travaillant les notions les moins compliquées.

 
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