DAEU Paris III : quand la crise révèle le potentiel d'une équipe contre le décrochage

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Sarah Bendrif enseigne les lettres et l'anglais en DAEU* (Diplôme d’Accès Aux Etudes Universitaires) à l'université Paris III. Elle témoigne des changements dans ses pratiques et du remaniement collectif du fonctionnement de l'équipe pour maintenir la cohorte d'étudiants en activité pendant le confinement. Constat : peu d’absence quant à la transmission des travaux et des échanges maintenus alors que le contexte laissait craindre le pire pour ce parcours de la seconde chance.

Une période particulière dans un contexte particulier

Si au premier abord, le DAEU est assimilé à un cursus universitaire lambda, cette formation intensive permet de valider un niveau bac.
Elle réunit donc des jeunes majoritairement décrocheurs, souvent marqués par leur parcours scolaire complexe et qui ont rarement acquis les codes scolaires et les usages numériques nécessaires.
Tensions familiales souvent, isolement parfois, des enfants en bas âge pour certains, et une situation financière précaire... la pression est de taille : neuf mois pour obtenir un diplôme leur offrira le sésame vers des études supérieures. 

Réagir à l'urgence : l'indispensable collectif

Conscients du risque de re-décrochage, les enseignants ont maintenu le lien avec les moyens du bord : téléphone et mails, groupe WhatsApp.
Dans l'urgence, Sarah Bendrif, s'est appuyée sur des délégués de groupe pour faire circuler les premières informations via WhatsApp.
Devant leur efficacité (modalité déjà éprouvée lors des grèves de décembre 2019), elle se promet de reconduire cette proposition d'élection de délégués pourtant inhabituelle à la faculté, en y ajoutant même une dimension citoyenne plus explicite. Lors des échanges, les étudiants témoignent de leur détermination à continuer coûte que coûte mais aussi de leur  crainte de ne pas savoir s'organiser et de ne pas réussir.
Il apparaît qu'une partie d'entre eux travaille sur leur téléphone et que les connexions sont parfois réduites.
Ici, aucun doute, sans la prise en compte de la personne et de ses contraintes personnelles, le stagiiaire s'effondrait.
Pour que leurs stagiaires soient en capacité de couvrir le programme et de répondre au niveau exigé dans les temps impartis, les enseignants ont donc décidé ensemble que l'organisation des cours devait être modifiée. 

Réorganiser les temps

Afin d'éviter l'éparpillement et faciliter les envois et transmissions, chaque semaine est dédiée à une discipline, de la consultation de ressources à la phase d'évaluation.
Ainsi les stagiaires ont le temps nécessaire pour approfondir leur travail et pour s'organiser et rebondir en cas de blocage de dernière minute.
Le temps de travail consécutif sur les évaluations sommatives est maintenu à 3 heures, ce qui les prépare aux conditions d'évaluation finale.
Les examens étant initialement prévus en mai, le même rythme est exceptionnellement maintenu pendant les vacances de Pâques, chaque professeur s'organisant selon sa semaine dédiée. 

Remanier les contenus

Madame Bendrif a veillé à l'accessibilité des ressources ; les recherches sont guidées pour ne pas faire obstacle à la réflexion. La formation et l’accès des stagiaires aux ressources de la BU de Paris III, a permis de maintenir un lien (fut-il virtuel) au portail des encyclopédies, articles et presse en ligne. Cela a permis de faire office tant bien que mal de "bibliothèque portative numérique".
La structuration des travaux a été sa seconde priorité. Pour elle, la pédagogie de l’explicite a encore été accentuée dans sa démarche d'enseignement progressif et spiralaire pour ne perdre personne en route.
Déjà convaincue de cette approche lors de son expérience en lycée, le confinement a rappelé l'extrême nécessité de soutenir les étudiants en difficulté. Mais cette méthode « du petit pas » a avant tout permis de maintenir la confiance et la motivation des étudiants, indispensable levier pour apprendre. Elle a aussi proposé un atelier d'écriture qui, tout en travaillant les compétences à acquérir, ouvre un espace d'expression au ressenti du moment et crée du lien puisque l'écriture peut être collaborative. 

 Au delà de la sidération, des questions et ... quelques pistes

Le confinement rappelle ainsi les contraintes et les manques inhérents à toute activité, qu'elle soit pédagogique ou non. Il est également révélateur de l'impact immédiat des bonnes pratiques enseignantes, aussi basiques soient elles.

A Paris III, il a plus largement initié une dynamique de projet entre les enseignants.
De ces étincelles d'expériences, il ressort pour l'enseignante, la nécessité de tenir compte des spécificités du public, dans l'accueil et l'accompagnement en DAEU.
Il s'agira de prendre davantage en compte la réalité vécue des stagiaires dans les activités et les thèmes proposés, et d'y intégrer encore plus l'esprit critique, sans lequel les connaissances n'ont que peu de vertus.
Malgré les freins financiers, elle a aussi réalisé la nécessité de reprendre ses objectifs d'ouverture au monde par les sorties, les partenariats et la pédagogie de projet.
Si elle attend avec impatience le retour au présentiel et constate chaque jour l'obstacle que représente la distance dans ses échanges pédagogiques ; elle réalise aussi que celui-ci doit impérativement être soutenu par l'accès, l'usage et la formation aux supports numériques.
D'ailleurs, la prise de conscience du manque de matériel informatique de ses stagiaires l'a motivée à chercher des solutions concrètes. Sarah Bendrif se renseigne déjà sur les possibilités de récupération à bas prix.

Enfin elle souhaite vivement que la dynamique initiée avec ses collègues se poursuive grâce à des temps de retour sur expériences et de co-formation.
Outre l'apport didactique d'un partage de compétences, une réflexion collective permettrait alors d'aborder la formation DAEU comme un projet global et cohérent intégrant les besoins des étudiants pour mieux les préparer aux exigences universitaires.

 

*Le Diplôme d’Accès Aux  Etudes Universitaires (DAEU) est un diplôme national, reconnu, de niveau IV, qui confère les mêmes droits que le Baccalauréat (en application de l'Arrêté ministériel du 3 août 1994). A ce titre, il est souvent présenté comme le diplôme de la seconde chance !

 

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