L'association C'Possible au temps de la pandémie

Cpossible

François Vachey Président de l'association C'Possible, association de bénévoles engagés dans la prévention du décrochage scolaire nous explique ici comment son action continue en temps de confinement car si le numérique est là, la relation humaine devra toujours prévaloir !

 C’Possible, fondée en 2008, association loi 1901, sans but lucratif est une association de bénévoles engagés dans la Prévention du Décrochage Scolaire, au côté de l’Education Nationale, des Rectorats, des lycées et professeurs...nos partenaires au quotidien. Nous intervenons essentiellement au sein des lycées professionnels, certains lycées technologiques également, soit au total 75 lycées, dans 4 régions : Ile de France, Pays de La Loire, Hauts de France, et Auvergne Rhône Alpes, et cela grâce à l’engagement de 250 bénévoles environ, aux profils et expériences professionnelles très variés. Ces jeunes  sont le plus souvent issus de milieux défavorisés. Le partenariat avec l'académie de Paris a été engagé il y a onze ans.

Une action à 2 niveaux et complémentaires :

Donner des repères, à ces jeunes qui en manquent totalement :

  • découverte du monde de l’Entreprise, interventions en classe, ou in situ en entreprises, projets pédagogiques au sein d’une entreprise concernant un thème travaillé sur plusieurs semaines..
  • sensibilisation à la culture par des historiens de l’art, des artistes, visites de musées, ou de monuments pour commenter l’histoire de ‘’leur’’ pays...
  • sensibilisation aux valeurs, et aux usages du ‘’vivre ensemble’’ au sein de la société par des professeurs de philosophie, de lettres, des avocats, des journalistes...

L’impact de ces différentes interventions a été mesuré auprès des élèves et de professeurs, en juin et septembre 2019 : selon les professeurs, 97% trouvent ces interventions utiles, 78% estiment que cela les aide à imaginer et mieux définir un projet professionnel possible; quant aux élèves, 72% ont gagné en confiance en eux et 76% ont réfléchi à un projet professionnel.

Prendre en charge des jeunes en risque de décrochage prochain, dans le cadre d’un accompagnement individuel, par des ‘’tuteurs’’- ‘’mentors’’,  bénévoles de C’Possible :   

  • accompagnement individuels/entretien (‘’un à un’’) pour remotiver le jeune et l’aider à définir lui-même un projet professionnel motivant... sur une durée de 2 mois environ,
  • suivi d’un stage de 4 semaines dans la voie choisie pour valider celle-ci,
  • puis changement probable de filière et de lycée... ou apprentissage au lycée, ou dans un CFA. Cet accompagnement individuel, nous a démontré que l’on pouvait aider ces jeunes ‘’un peu perdus’’ à rebondir, à choisir un projet professionnel et à croire dans leur avenir.

 Nos réflexions au terme de 11 ans d’activité 

La  majorité des jeunes n’ont pas eu de chance, souvent dès leur naissance; le passage du collège au lycée correspond souvent à un choc qui peut s’accompagner d’un risque de rupture avec l’école. Les professeurs font le maximum, avec grand dévouement, mais ces élèves vivent entre eux, le plus souvent peu/pas aidés-guidés au sein de la cellule familiale. ls n’attendent pas grand-chose de la vie, beaucoup se sentent ‘’nuls’’ et se le disent entre eux... et, bien-sûr, pour la majorité d’entre eux, ils ne soupçonnent pas une seconde qu’ils ont des qualités et du  potentiel... en tout cas un potentiel à exploiter si on les remet sur les bons rails !

En fait, la dimension humaine est essentielle. il faut, et c’est le rôle de nos bénévoles au quotidien, les mettre en confiance, en leur témoignant de la bienveillance, avec gentillesse et patience. La rigueur doit être là également, en arrière-plan, pour mieux les guider. Il faut être très concret avec eux, tout en leur donnant des perspectives, des objectifs identifiés avec eux et qui les motivent.                                                                 

Quelles actions dans nos lycées à Paris depuis le confinement 

Au sein des lycées les plus actifs - Vauquelin, Jules Siegfried, Roger Verlomme, Pierre Lescot, Martin Nadaud...  6 à 7 jeunes en difficultés étaient accompagnés individuellement par leurs tuteurs, lors de ces rencontres hebdomadaires. Depuis le confinement, pour la plupart d’entre eux  le contact a été généralement maintenu, d’une manière ou d’une autre, par téléphone, visio conférence et/ou email. A ces jeunes se sont ajoutés, une trentaine d’autres, à la demande pressante de certains établissements, pour des raisons de problématiques scolaires, assortie parfois d’un contexte social-familial bien compliqué; Le confinement, dans des conditions matérielles très difficiles, risquant de les isoler encore davantage.

Nos bénévoles se mobilisent lors des contacts avec eux pour leurs donner des conseils concernant la rédaction de leur CV, la lettre de motivation pour un futur stage, l’organisation de leur travail...ou leur faire formuler des projets et les aider à les développer, ou bien encore rêver à des projets professionnels... ! Nous devons associer plus encore les entreprises qui soutiennent nos actions, au déloppement des jeunes, à leur découverte du monde du travail. Elles le font avec conviction, intérêt et bon sens et ne demandent qu’à les aider davantage, concrètement sur le terrain.

Les conséquences de cette période de confinement ont mis en lumière une situation très clivante concernant la fracture numérique : certains jeunes n’ont pas de PC et c’est la ‘’double peine’’.
C’Possible s’efforce de leur en mettre à disposition, via des prêts ou dons d’entreprises ; sujet à prendre en charge lorsque la situation sera redevenue à peu près normale. De nombreux bénévoles se ‘’décarcassent’’ actuellement pour trouver des PC pour ces jeunes, qui ne demandent pour la plupart qu’à échanger avec eux et leurs professeurs.
Le numérique est là, qui va se développer, mais la relation humaine devra toujours prévaloir. Nous avons constaté une méconnaissance de Word pour de nombreux élèves tout comme l’utilisation de Google. Aussi pensons-nous monter dans quelque temps des modules de formation  animés par des bénévoles C’Possible. Il serait d’ailleurs parfois bénéfique, d’associer certains professeurs à ces formations.

En synthèse... 

Cette période compliquée que nous vivons, et les enseignants encore davantage, nous montre que la dimension humaine est capitale, élémentaire dans nos relations avec ces jeunes, qu’ils soient en difficultés ou non, et qu’il s’agisse des contacts habituels en période normale, ou à distance via Whatsapp, Zoom ou autre...actuellement. De même découvrons-nous ou en avons-nous la confirmation, qu’il nous faut réfléchir à de nouvelles formes de contacts, de rencontres, associant conjointement les enseignants, leurs élèves, et C’Possible et bien sûr les entreprises.
Cette dimension humaine est une des forces de C’Possible basée sur la bienveillance, la mise en confiance et sur une approche très concrète des sujets, qu’il s’agisse des interventions ‘’Repères’’ ou du ‘’mentorat’’. Nous le constatons chaque jour davantage, à travers le besoin de ces jeunes de garder ou développer un contact avec nous, tout comme nous avec leurs professeurs.

 

 

Tous nos articles sur la continuité pédagogique sont à retrouver sur l'article principal ainsi que dans l'onglet "Actions des écoles et des établissements" .