Parole d'un parent d'élève de 3e : une relation personnelle inédite avec les enseignants pour continuer d'être élève

VISUEL PAROLE DE PARENT

La mère d’un élève scolarisé en 3e au collège Anne Frank (11e) partage son ressenti et montre comment l’investissement des enseignants, qui ont joué le jeu de cette école à distance, a probablement permis à son fils de traverser cette étrange période dans une relative sérénité, en donnant sens à cet isolement.

« Mon fils a pu continuer à être en lien avec l’école, avec ses enseignants mais aussi avec ses camarades et ainsi échapper à un face à face exclusif avec ses parents.

Rester élève, au sein du groupe

En effet j’ai été frappée de voir comment, ces fameux devoirs fournissaient à nos enfants l’alibi providentiel qui leur permettait de rester en lien et de continuer à  fédérer le groupe classe. Les élèves ont créé ce groupe Whatsapp, intitulé « devoirs 3e3 », dès le tout début du confinement. Il est à noter que les deux initiateurs et animateurs du groupe étaient ceux-là mêmes que l’on attendait le moins et qui se sont révélés être ceux qui manifestaient le plus leur désir d’école.
Les 150 messages par jour attestaient à la fois du prétexte saisi pour communiquer entre eux et de la difficulté à s’organiser, se repérer dans le temps et les consignes données. J’ai pu mesurer la quantité de messages échangés, puisque mon fils n’ayant pas de smartphone, utilisait le mien pour être dans le groupe !
Les devoirs sont arrivés aux premiers jours, tous en même temps et dans une quantité qui a affolé les élèves et les a totalement désorientés. Sur quel serveur, quel outil, quelle plateforme aller chercher l’information ? : Pronote ? Paris Classe Numérique ? la messagerie ? le mail personnel, celui des parents ?. Peu à peu, élèves (et parents) ont appris à s’y retrouver… mais cela reste compliqué.

Jouer le jeu de l’école à distance…

Au tout début du confinement, seul un enseignant a proposé des cours en ligne. Cette initiative a eu le mérite de continuer à solidariser la classe et de lui donner une existence, mais aussi de rythmer la journée par des rendez-vous à heure fixe. Petit à petit d’autres enseignants se sont appropriés cet outil mais pour un seul rendez-vous par semaine et non pas la totalité de leurs heures. Ce rythme est peut-être suffisant, en effet un nombre trop important d’heures en visioconférence ont pu paraître ennuyeuse et fatigantes aux élèves. En effet, alors qu’il aime beaucoup les cours de mathématiques en général, mon fils me disait que la visio-conférence rendait le cours long et ennuyeux. Il me semble que si ces classes virtuelles ont été salutaires et bienvenues pour le groupe et le maintien des élèves dans un rythme proche de l’école, peut-être sont-elles à utiliser avec modération. Elles ne peuvent être la solution miracle de cette école à distance.

Tous les enseignants ont cherché, dans leurs propositions pédagogiques et dans les consignes données, à s’adapter à la situation et à rendre ludique, surprenante intéressante cette situation d’apprentissage inédite. Toutefois, il me semble que cela a pu être possible parce qu’un lien avait été construit antérieurement. Les nouvelles relations d’enseignement et d’apprentissage engendrées par le confinement se sont construites sur une relation préexistante entre les enseignants et les élèves. Je n’ose imaginer comment se seraient déroulées ces semaines si elles avaient eu lieu en septembre et si ils avaient dû faire connaissance à distance dans ce temps du confinement.

Une relation personnelle inédite

Ils n’ont certainement pas eu les mêmes acquis que s’ils avaient eu cours normalement mais il me semble qu’ils ont appris d’autres choses, notamment sur l’autonomie, l’organisation mais aussi sur un rapport et un intérêt personnel à leur travail. 
Par ailleurs de manière paradoxale, cette distance a personnalisé le rapport entre les élèves et leurs enseignants qui ont tous eu une attention particulière et pris le temps, à chaque envoi, de leur répondre personnellement. Lorsqu’ils envoyaient un travail à leur professeur, les élèves recevaient, la plupart du temps, une réponse puis un retour personnalisé.
Je prends l’exemple de l’enseignante de français qui leur avait demandé d’écrire un journal de confinement. Les premiers temps, mon fils s’est exécuté sans grand intérêt pour l’exercice. Puis petit à petit, il s’est pris au jeu, alimentant son journal d’images, de dessins, de photographies et s’appropriant cet exercice de l’écriture, attendant à chaque envoi, chaque semaine, le petit mot et le retour de son enseignante. Ce lien personnel a été je pense un moteur très important dans la relation à distance avec leurs enseignants. Dans ces échanges écrits personnels, il y a eu là une situation inédite qu’ils n’ont jamais eu l’occasion d’éprouver où ils se sont sentis considérés dans leur intégrité. Cela les a sorti de leur statut d’élève passif.
Je pense à d’autres échanges avec son enseignant de physique, au cours desquels mon fils opposait au résultat une autre manière de réfléchir (raisonnement qu’il a dû formuler et rédiger par écrit). La réponse personnelle de l’enseignant qui mentionnait la qualité du raisonnement mais expliquait pourquoi cela ne fonctionnait pas, a stimulé sa réflexion.

Le travail à plusieurs s’est aussi développé, organisé. Souvent mon fils appelait un camarade et passait parfois la matinée au téléphone pour travailler sur un rendu. Ces devoirs devenaient d’un coup l’occasion d’échanges et lui permettant d’échapper à l’ennui. En arts plastiques, des challenges (photographiques) les ont amenés à produire des images qu’ils ont eues plaisir à échanger entre eux sur leurs messageries…

Dans cette expérience regrettable du confinement, il a pu y avoir, dans l’extraordinaire de cette situation, matière à apprendre à apprendre. » 

 

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