De ce que l’accueil des enfants de soignants lors du confinement a changé dans nos pratiques pour le retour

VISUEL PADLET ECOLE MATERNELLE BUFFON

L'école maternelle Buffon accueille depuis les premiers jours de crise du covid19 les enfants des personnels soignants. Quelle organisation pour respecter les mesures sanitaires? Quelles pratiques pédagogiques pour s'adapter à ce nouveau contexte de travail et quelles compétences et connaissances acquises pour organiser le retour en classe des élèves de l'école après le 11 mai ? Autant de questions auxquelles Madame Sadaune directrice de l'école, tente de répondre ici.

L'organisation de l'école en confinement 

L’accueil :

Tout d’abord, les enfants que nous accueillons, ne sont pas des élèves de notre école. Ils sont parfois scolarisés dans des écoles de la même  circonscription, mais aussi d’arrondissements plus lointains.
Les enseignants sont exclusivement des volontaires, que je ne connais pas, pour la plupart.
Chaque enseignant vient à la demi-journée ; en effet, cela fait moins peur aux volontaires, car le risque est pris sur un temps plus court ; cela permet également à ces enseignants volontaires de continuer l’enseignement à distance chaque jour dans le respect des mesures sanitaires (je propose un masque et les enseignants le portent tous).

L’accueil du matin de nos petits élèves ne se fait plus dans la classe, comme habituellement, car je n’admets les familles qu’à l’entrée de l’école. Il se fait dans le préau par petits groupes avec des livres afin d’occuper ceux qui arrivent en premier.
Le temps de l’accueil est plus long (certains parents soignants arrivant jusqu’à 9h30, étant de garde le soir…). J’ai décidé d’avoir beaucoup de souplesse, afin de ne pas ajouter de poids sur les épaules des parents soignants.

 En classe :

Fédérer les élèves et développer de nouvelles pratiques pédagogiques ...
Chaque enseignant a un groupe de 5 ou 6 élèves. J’ai essayé de répartir les élèves par classe d’âge, mais j’ai aussi pris le parti de ne pas séparer les fratries. De ce fait, les groupes ont souvent plusieurs niveaux.
A présent, nous ne parlons plus de classes mais de groupes, car les effectifs sont réduits et la configuration différente. Chaque matin, les groupes sont recomposés car il y a de nouveaux élèves, des absents, et les enseignants sont différents de la veille. Il est difficile de faire un suivi des élèves sur plus d’une demi-journée, car les enseignants volontaires viennent à la demi-journée.

Chaque enseignant va donc trouver un moyen de fédérer très rapidement ce nouveau groupe (autour d’un chant, d’une comptine, d’un album après présentation systématique de chacun en donnant son prénom).
Les enseignants redoublent d’idées et de  pratiques pour trouver un thème de travail qui sera décliné en fonction de chaque niveau mais qui permet de donner une unité pédagogique à l’ensemble tout en répondant aux besoins de chaque élève;

Pour les enfants, le « toucher » est devenu presque impossible. Les enfants, pour lesquels ce sens du « toucher » est primordial, doivent s’adapter en développant l’expression orale, trouver les mots justes pour exprimer ce qu’ils ressentent. De fait,  ils accroissent leur autonomie.
L’enseignante utilise davantage le tableau au moment du regroupement pour « montrer »,  faire des modèles.

Des exercices d’entrainement de topologie sont indispensables. En effet, le sens du « toucher » ne pouvant pas être utilisé, la topologie permet d’utiliser un vocabulaire précis qui permet de localiser ou trouver le bon endroit dont parle l’enseignante ou l’élève.

Les enseignants expérimentés dans les  3 niveaux de maternelle pourraient  paraitre  beaucoup plus à l’aise que les débutants, mais cela n’est pas forcément vrai ; j’ai vu une professeur des écoles stagiaire redoubler d’idées, faire preuve de créativité, de bon sens et de passion pour son travail et mettre en place de réelles et solides activités pédagogiques. Cet accueil exceptionnel a réveillé et révélé le meilleur de nous-même, au quotidien.

Tout en respectant les mesures sanitaires et les gestes barrières

Malgré le petit nombre (5 ou 6), les élèves sont installés à différentes tables afin d’éviter les contacts. Les activités sont variées en fonction de l’âge des enfants, et les productions sont réalisées sur la demi-journée.
Les enfants sont à distance les uns des autres. Il n’y a pas de partage, chaque enfant travaille seul.

En motricité :
Le matériel collectif est banni. Seul le petit matériel individuel peut être utilisé. Le mime et la danse peuvent être travaillés en gardant la distanciation.
Dans la cour : les jeux existant ont pu être conservés (car désinfectés 2 fois par jour), sauf une petite maison qui entrainerait trop de contacts entre enfants.

Malgré la distanciation , le collectif là encore est bien présent, avec un temps de regroupement (chaque enfant est assis sur une chaise attitrée, distant de ses voisins).
Les rituels sont réalisés à ce moment- là, ainsi que les échanges avec l’adulte et entre enfants. Il est d’ailleurs beaucoup plus facile de contrôler la prise de parole en petit groupe.

L’organisation au début du déconfinement :

L’accueil :

Les parents ne rentrent plus du tout dans l’école et le port du masque est obligatoire pour les adultes de l’école.
Seuls, les élèves scolarisés dans notre école sont accueillis, par groupe de 5/6, pour le moment. Ces groupes sont les mêmes chaque jour, ce qui permet une continuité pédagogique. Cependant, les élèves du groupe proviennent de classes différentes et il faut là encore recréer la « notion du groupe », et faire en sorte que les enfants apprennent à se connaitre.
3 enseignantes sont présentes chaque jour.
L'accueil des élèves est mis en place depuis le 14 mai. Il se fait pour chaque groupe à une heure précise, en décalé des autres groupes.
Les groupes ne se croisent pas dans l’école.
Les enseignantes continuent à travailler ensemble dans l’échange de pratiques, d’idées d’activités, de préparation du matériel qui sera utilisé de manière unique chaque jour (Ex : chaque élève reçoit chaque matin  un bac avec un certain nombre d’objets, de matériel, de livres…).

En classe :

Le réaménagement des espaces :

Les distances entre chaque élève sont calculées en permanence et l’agencement de la classe a été repensé pour limiter les interactions. De nombreux meubles ont été supprimés. De très nombreux jeux ont été mis à l’écart et ne sont plus exploitables car trop collectifs, ou détenant de trop nombreuses pièces impossibles à désinfecter correctement.
Dans la cour : Les récréations sont séparées pour chaque groupe. Les jeux sont conservés.

Une pédagogie adaptée au protocole sanitaire et des activités repensées en présentiel comme en distantiel

Tout d’abord, il faut dire que, malgré un protocole sanitaire très strict, les enseignants poursuivent leur mission pédagogique même si la vie en collectivité n’a plus le même sens puisque les groupes classes sont passés de 30 (en temps normal)  à 5 ou 6 (et d’ici quelques temps à  8).
Les nombreux  lavages de mains indispensables occupent  une partie du temps. Une comptine a été choisie par l’équipe enseignante pour rythmer le lavage des mains et s’assurer que les  15 secondes minimum au contact du savon sont bien respectées.
Chaque élève a une table et une chaise réservées à son nom. Sur la table, il découvre un sac ou un bac avec du matériel qui lui servira pour la journée. Il faut éviter la manipulation de trop de matériel car le personnel de la Ville s’occupant de la désinfection ne doit pas être surchargé.
U
ne enseignante a réussi à utiliser un jeu de société et tournant les tables afin que les élèves soient en interaction visuelle. Ensuite,  chaque enfant avait un dé et la maitresse déplaçait le pion sur le parcours alors que l’enfant comptait à voix haute les cases correspondant à la constellation sur le dé. Les  enfants ont été enchantés de jouer de cette manière-là.

La philosophie de l’école a également changé ; jusqu’à présent, on enseignait aux élèves le partage, l’échange, la décision collective. Aujourd’hui, nos élèves doivent tout faire individuellement, et chacun est à distance de l’autre. Les interactions physiques  sont réduites voire inexistantes. Il est alors nécessaire de développer les interactions orales, afin d’organiser des échanges entre élèves.

La psychologie de tous est déstabilisée.  Il sera intéressant de pouvoir en parler avec les psychologues scolaires, même si nous avons déjà étudié documents pour nous accompagner sur Eduscol. 
Les élèves de maternelle, qui sont jeunes et fragiles, doivent mûrir plus vite et être autonomes plus rapidement.
L’esprit de l’école maternelle doit s’adapter puisque la proximité n’est pas possible et le « maternage » non plus.
Les enseignants doivent repenser les activités.
il apparait que les enfants s’adaptent rapidement aux nouvelles pratiques des enseignantes. L’attitude de l’enseignante est bien sur primordiale pour motiver et intéresser ses élèves.

Le travail en distantiel  est également une nouvelle pratique pédagogique que les enseignants ont dû s’approprier. Actuellement, les enseignantes de l’école prennent des photos des activités faites en journées par leurs élèves afin de les transmettre le soir aux  camarades restés à la maison  et garder une sorte de rythme d’apprentissage identique  à l’école et à la maison.

Il est évident que la crise du covid19 a obligé les enseignants à s’adapter à certaines contraintes et  trouver de nouvelles techniques pédagogiques. Il s’agit d’une remise en question de nos pratiques, qui nous permet de nous dépasser dans l’innovation. La pédagogie s’adapte à la situation et reste totalement au service des apprentissages.

 

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