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Les Évadés de France, des résistants méconnus

Dans le droit fil de l’appel du 18 juin 1940, c’est l’appellation et l’histoire de Français qui, plutôt que de rejoindre les réseaux de résistance constitués partout en France (FFI), décidèrent un jour d’abandonner travail, études, famille, amis, et de le faire au péril de leur vie, acceptant tous les risques, de la prison à la mort, pour rallier, en Afrique ou en Angleterre, les Forces Françaises Libres, devenues par la suite les Forces Françaises Combattantes.

L'amicale des anciens combattants évadés de France

 

Passer par l’Espagne

Pour y parvenir, il fallait nécessairement passer par l’Espagne. Dans cette épopée, beaucoup perdirent la vie par accident ou maladie. Il leur avait fallu, de nuit, gravir des sentiers périlleux, franchir des cours d’eau ; le jour, se dissimuler en essayant de dormir pour récupérer quelques forces. Tous n’auront pas réussi à surmonter ces obstacles. Quelques-uns, peu nombreux, avaient préféré s’évader par la mer depuis Hendaye ou Collioure. Les risques étaient les mêmes.

Enfin l’Espagne !

Dès qu'ils avaient mis le pied en Espagne et se retrouvaient donc seuls, un autre péril les attendait :les carabiniers espagnols et la Garde Civile. Leur échapper était quasi impossible, et tous furent interceptés.

La plus « célèbre » de ces geôles était le camp de Miranda de Ebro, véritable camp de concentration. ll avait été construit par les nazis, lors de la guerre civile espagnole, quelques années auparavant, pour y incarcérer les républicains hostiles au régime franquiste. Il fut détruit en 1960, il n’en reste aucune trace

En 1943, le nombre d'évadés repris avait considérablement augmenté. A ce moment-là, les Allemands avaient institué le Service du Travail Obligatoire (STO), qui consistait à embaucher des jeunes Français pour travailler dans leurs usines d’armement ou sur leurs chantiers de défense. Cette mesure incita beaucoup de jeunes à s’enfuir. Il fallut donc improviser de nouveaux lieux d’internement, une bonne quinzaine environ.

La vie carcérale

La plus dure fut sans conteste à Miranda, où des sévices furent parfois infligés aux prisonniers. Mais le lot commun de tous furent les conditions sanitaires et alimentaires déplorables.

Après avoir été douchés tous ensemble et rasés intégralement, ils étaient entassés à douze, parfois jusqu’à seize, dans des cellules prévues pour deux, la plupart du temps déjà occupées par des prisonniers espagnols, politiques ou de droit commun. S'étendre sur le sol en ciment pour dormir nécessitait une véritable stratégie. Elles étaient envahies de toutes sortes de vermines, poux, puces, morpions, cafards et surtout punaises, qui s’infiltraient dans leurs vêtements et les rares couvertures qu'ils se partageaient. L’eau était parcimonieuse et le sanitaire réduit à sa plus simple expression.

L’alimentation était à l’image du « confort ». Le « café » du matin était un liquide noirâtre non identifiable. La « soupe », le seul plat de résistance, n’était en fait que de l’eau chaude graisseuse, dans laquelle nageaient quelques légumes non épluchés, parfois quelques pommes de terre, grains de riz ou quelques fèves, très rarement un dé à coudre d’une matière fibreuse pouvant être de la viande, le tout cohabitant avec des charançons. « La ration de pain variait entre 100 et 150 g.

Cette sous-alimentation par une nourriture souillée et le manque d’hygiène aggravé par la vermine amenèrent nombre de maladies infectieuses. La dysenterie fut le lot de tous. Beaucoup souffrirent du scorbut par manque de vitamines. La Croix-Rouge distribuait bien quelques colis de temps en temps, mais cela ne suffisait pas à calmer la faim de ces hommes qui les tenaillait en permanence.

Chaque fois qu'ils demandaient à leurs gardiens quand ils seraient libérés, c’était toujours la même réponse : « Mañana ! ». Ce mot, qui signifie « demain », est devenu leur symbole et figure au centre de leur drapeau.

La libération

De 1940 à 1942, les Evadés de France, assez peu nombreux, étaient pris en charge par l’Ambassade de Grande-Bretagne. Par petits groupes, via Gibraltar ou Lisbonne, elle réussira à les acheminer vers Londres. À partir de 1943, c’est la Croix-Rouge française, représentée par Monseigneur Boyer-Mas, délégué national pour l'Espagne, qui négociera directement les départs.

Depuis quelque temps, la victoire allemande était moins évidente. Madrid estima alors que les évadés, déprimés, brimés et maltraités dans les prisons espagnoles, considérés comme ennemis du franquisme, puisque ennemis du nazisme, pouvaient servir de monnaie d’échange contre du blé, des phosphates et des matériels divers, dont l’Espagne avait grand besoin.

Ces tractations entre la Croix-Rouge et le gouvernement de Franco aboutirent ainsi, par convois

Collectifs, au départ des évadés, qui reçurent à cette occasion des vêtements. Depuis les ports de Malaga, Algésiras et Sétubal, deux navires français assurèrent la plupart des transports vers Casablanca. Ces voyages n’étaient cependant pas sans risques, et nécessitèrent leur protection, des sous-marins allemands patrouillant dans ce secteur.

Les combats

Dès leur arrivée en Afrique du Nord, les évadés, délabrés physiquement et moralement, s’engagèrent dans les diverses unités combattantes constituant l’Armée de libération, que ce soit sur place, ou après avoir rejoint l’Angleterre et leur apportèrent un important renfort.

Sous les ordres des généraux de Lattre de Tassigny, Leclerc, Juin, Koenig, ils ont été de tous les combats, sur terre, sur mer, et dans les airs. lls ont participé à la prise de Bir-Hakeim (Lybie), à la libération de la Corse et de l’île d’Elbe, à la marche sur Rome lors de la dure campagne d’Italie, marquée par les victoires du Garigliano et de Monte Cassino. Avec la 2e D.B., venue d’Afrique en Angleterre, ils ont à leur tour débarqué en Normandie, poursuivant l’armée allemande jusqu’à l’Alsace, ayant au passage libéré Paris. Avec les troupes venues d’Afrique, aprés la campagne d'italie, ils ont débarqué en Provence, libéré Toulon et Marseille et repoussé vers le Nord les Allemands, qui furent pris en tenaille après la jonction avec la 27 D.B. Avec ces armées, ils ont encore combattu jusqu’à la libération de l'Alsace, puis ont franchi le Rhin pour continuer les combats en Allemagne et jusqu’en Autriche.

La guerre terminée, le 8 mai 1945, certains resteront dans l’Armée et combattront ensuite en Indochine et en d’autres lieux.

Quelques chiffres

  • 50 000 Français environ tentèrent l’évasion.
  • 33 000 parvinrent jusqu’aux Pyrénées.
  • 23 000 survivront et intègreront les Armées de Libération (3 400 en Angleterre, 19 600 à Casablanca) : 6500 s’engageront dans la 2e D.B. (41% de ses effectifs), 9800 dans le 1re Armée française, 6700 dans les parachutistes, les commandos, la marine ou l‘aviation.

Les pertes

  • 1 860 évadés ont été remis aux autorités de Vichy avant le 13 novembre 1942.
  • 2 120, pris par les Allemands ou remis à eux par les Espagnols, ont été déportés en Allemagne.
  • 320 ont été abattus par l’occupant pendant le passage des Pyrénées, 750.ont disparu-dans les montagnes et 130 sont morts dans les prisons espagnoles.
  • 9 500 sont morts au champ d’honneur pendant les différentes campagnes.
  • 4 000 mourront ultérieurement dans les combats d’Indochine, de Corée et d’Afrique du Nord.

Tel fut le parcours patriotique des Évadés de France, Résistants à part entière, reconnus comme tels par la Nation. En contribuant à l’anéantissement de l’Allemagne nazie, ils ont écrit une page d’histoire injustement occultée et méritent notre reconnaissance et notre respect.

 

Pour aller plus loin

Les Chemins de la mémoire. Les évadés de France, les infortunes de la mémoire
Fondation de la France Libre, Les évadés de France par l’Espagne
Musée de la Résistance en ligne. Analyse d'image - Les évadés de France à Casablanca