Circonscription 18B - Goutte d'Or (archives)

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Magali Venot mis à jour le 01/09/17
L’étude de la DEPP   18/03/14
Laurence Cyrulik mis à jour le 18/03/14

La grammaire ? C’est ce qu’il y a dans le cahier rouge

La grammaire ? C’est ce qu’il y a dans le cahier rouge..., c’est ce qu’on fait le lundi après la récréation..., c’est les GN et les GV... Jean-Yves Rochex montre l'absence de sens pour certains élèves des tâches grammaticales, absence liée aussi à la présentation de ces tâches.

Les élèves en difficulté sont en effet souvent des élèves qui, lorsqu’on les interroge sur des disciplines censées être pratiquées à l’école, par exemple la grammaire, les réduisent à une succession de moments, de tâches, voire de rituels ou de contextes dans lesquels ils sont censés faire de la grammaire.

Ainsi, par exemple, aux questions (qui ne vont pas de soi) « comment fais tu pour reconnaître que l’on fait de la grammaire à l’école ? » ou « pourquoi apprend-on la grammaire à l’école ? », ces élèves répondent : « la grammaire c’est ce qu’on fait le lundi après la récréation  » ou « c’est ce qu’il y a dans le cahier rouge », ou encore « ce qu’on fait avec Corinne ou Bernard  », ou encore « la grammaire, c’est les GN, les GV, les mots dans les vides (les textes à trous) et les petits mots », c’est-à-dire qu’ils mettent en avant, et sans doute en œuvre dans le quotidien de la classe, une série de critères qui ne leur permettent pas d’identifier ce qu’est réellement l’activité grammaticale, activité de réflexion sur le fonctionnement de la langue.

Cette activité semble n’avoir pas d’existence pour ces élèves en dehors de la succession des moments, des tâches et des contextes qu’ils évoquent lorsqu’on leur demande d’en dire quelque chose. Pour ces élèves, l’objet grammaire ne semble faire l’objet d’aucune reconnaissance, dans les deux sens du terme : il ne peut guère être identifié quant à sa nature propre, et on ne peut en conséquence guère lui conférer de valeur justifiant qu’on lui consacre du temps et des efforts.

Ces élèves sont très souvent ceux dont les enseignants se plaignent en disant qu’il leur faut, avec eux, perpétuellement tout reprendre à zéro. 
En effet, s’il n’y a pas de reconnaissance d’objet de travail et de pensée (le fonctionnement de la langue) qui, tout à la fois, unifie et transcende la succession de moments, de tâches et exercices, voire de rituels liés au mot grammaire (et non ou très peu à l’activité qu’il désigne), chaque moment ou exercice est nouveau et différent de l’autre et ne peut faire fond ni sur un objet ni sur une continuité de pensée et d’élaboration.

(extrait de « Accompagnement scolaire et rapport au savoir »Ouvre vers une nouvelle fenêtre, de Jean-Yves Rochex, Actes de la journée à l’accompagnement scolaire du 8 décembre 1998 au CEFISEM de Paris ; Jean-Yves Rochex est psychologue et professeur de sciences de l'éducation à l'université de Paris 8)